Ce mardi 24 novembre a eu lieu à l’Université libre de Bruxelles une « Assemblée générale de la communauté étudiante contre : la privatisation des kots étudiants, la diminution drastique de l’offre des cours, le risque de réduction de l’aide sociale et l’appel aux fonds privés ». De prime abord, il est impossible de savoir qui sont les organisateurs de cet événement et quel est le statut exact de l’association qui les rassemble. Le tract abondamment distribué sur le campus fait référence à un site web (www.mobulb.be) qui n’existe pas. L’identité des personnes à l’origine de ce mouvement est donc obscure et opaque. Il est dès lors étrange qu’elles se permettent d’appeler leur mouvement « assemblée générale » alors qu’aucune autorité démocratique ne soit impliquée dans ce processus.
À la base de ce mouvement, la décision des Autorités de l’U.L.B. de céder à une société privée des kots étudiants afin que celle-ci les rénove. Ces rénovations impliquent que 200 étudiants quittent les lieux, sans plan de relogement. De plus, l’U.L.B. compte puiser dans on budget social afin de payer cette entreprise.
A priori, cette mobilisation semble légitime, bien que l’enjeu soit peu important (cela ne concerne que 200 étudiants sur une université qui en compte près de 20 000).
Un autre sujet qui fâche les étudiants est que le Recteur vient de mettre sur pied une fondation d’utilité publique dont le rôle sera de trouver des fonds privés pour financer l’ULB.
Toutefois, les organisateurs de cette assemblée ne comptaient pas s’arrêter là. Le comité organisateur se lança donc dans un plaidoyer virulent contre le manque de financement de l’université et la réforme des programmes. Ces étudiants (ou ex-étudiants d’ailleurs) jettent l’anathème sur Bologne, qu’ils accusent d’être un complot capitaliste. Les ressemblances avec le système anglo-américain et l’accent mis sur l’employabilité des jeunes diplômés sont leurs principaux griefs. Certains d’entre eux soupçonnent Bologne de viser secrètement à privatiser les universités. D’autres entrevoient la fin de l’université publique et parlent de soumission au marché, de production de cerveaux à la chaîne, de recul du savoir et de l’esprit critique. La plupart d’entre eux conspuent aussi la logique de concurrence entre université et la possibilité de financement par le privé.
Il est très surprenant de voir que l’immense majorité de l’auditoire, surchauffé, semblait tout à fait d’accord avec ces propos simplistes et erronés. En effet, aucune personne n’osa contredire les animateurs, qui semblaient prêts à prendre les armes pour la mener la révolution. Certains membres du public prirent alors la parole pour appeler à l’insurrection, tandis que l’auditoire se levait d’un seul homme pour applaudir ces tribuns anarchistes.
Mais pourquoi donc cette haine vis-à-vis du processus de Bologne ? N’est-ce pas un espace européen d’enseignement supérieur sensé promouvoir la mobilité des étudiants ?
Nous sommes persuadés que « Bologne » a été l’occasion d’introduire des réformes nécessaires. Par exemple, adapter les cycles plus courts au marché du travail permet d’éviter que les étudiants ne s’éternisent sur les bancs de la fac aux frais du contribuable. Bologne entend aussi donner une plus grande autonomie aux universités : liberté d’embaucher, d’accorder des promotions et de fixer les rémunérations. L’Europe regorge d’universités historiques, mais l’absence d’établissements européens au sommet des classements internationaux souligne le contraste en un passé glorieux et un présent médiocre.
Les objectifs de Bologne sont la mise en place de diplômes comparables, la création d’un système de crédits transférables d’un établissement à l’autre et la promotion de la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs.
Le système des ECTS (crédits) est la pierre angulaire du dispositif. Dès lors, il nous paraît évident que s’opposer à l’harmonisation des cursus semble réactionnaire quand on sait que le but est de faciliter la mobilité des étudiants au sein d’établissements ayant signé un accord de partenariat.
En réalité, la principale raison du déclin des établissements européens est le manque de fonds. L’écart entre les dotations publiques et les besoins des universités pourrait être comblé par le privé, principalement par le biais des frais de scolarité. Or, dans la plupart des pays d’Europe, les études sont gratuites ou presque. Il n’en demeure pas moins que les universités menant des recherches de haut niveau et figurant en tête des classements internationaux ont à la fois plus d’autonomie et plus de moyens financiers.
Rester dans un système déconnecté du secteur productif, voilà ce que veulent les étudiants à l’origine de la manifestation du 24 novembre. La compétition et la concurrence peuvent, si elle sont utilisées intelligemment, tendre vers l’excellence, et non vers la discrimination, comme ils essaient de nous le faire croire. Malheureusement, tout ce qui émane de l’Europe est à leurs yeux entaché du péché de libéralisme.
Des manifestations telles que celles du 24 novembre, il y en tous les jours à Bruxelles et en Europe. Malheureusement, elles sont le fait de quelques anarcho-communistes isolés. En effet, lors de ces réunions, tous les participants se connaissent par leur prénom. Nombre d’entre sont notamment membres de EGA (Etudiants de Gauche actifs), qui est le cercle étudiant du PSL (Parti socialiste de Lutte). Ce cercle se définit lui-même comme étant marxiste anti-capitaliste. Ils n’hésitent pas à s’inspirer de Lénine et utilisent la rhétorique communiste sans arrêt.
D’ailleurs, à la fin de l’assemblée, une série de vote ont eu lieu (à main levée, sans comptage précis bien sûr…). Le président d’EGA a proposé des propositions très pertinentes telles que « Nous ne paierons pas votre crise ! » ou encore « Pour la nationalisation des banques ! ».
Nous, Cercle des Etudiants libéraux, regrettons le manque de débat au sein de ce genre d’assemblées sensées regrouper l’ensemble de la communauté étudiante. Il est consternant de voire qu’une frange extrémiste s’arroge le droit de parler au nom de tous. Ils accaparent le débat et se donne une visibilité à travers des actions musclées.
Mais, au final, le plus inquiétant n’est-il pas la passivité des autres étudiants ? À force de hausser les épaules et de se désintéresser de la politique, la communauté étudiante (la vraie) laisse le champ libre aux discours populistes et démagogiques des groupes d’extrême gauche.
Cercle des Étudiants Libéraux de l’ULB
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