Rapport de Conférence : Conservatisme, Néo-Capitalisme, synonymes de libéralisme ?
Arnaud Desmadryl | 18 décembre 2008Richard Miller a publié un compte rendu de la conférence qu’il a donné à l’ULB le 9 décembre dernier disponible ici.
Richard Miller a publié un compte rendu de la conférence qu’il a donné à l’ULB le 9 décembre dernier disponible ici.
Conférence de Richard Miller, « Capitalisme et libéralisme », prononcée à l’ULB le 9 décembre 2008, à l’invitation des Etudiants Libéraux.
Je remercie les Etudiants libéraux pour leur invitation à prendre la parole durant ce Midi de Réflexion. Si réfléchir, si vouloir mieux comprendre, mieux appréhender une situation « sociale-objective » (mots sur lesquels je reviendrai) afin de la faire évoluer dans le sens d’une amélioration pour le plus grand nombre, si avoir ce regard que je qualifierais immédiatement de réformateur, est toujours nécessaire, force est de reconnaître que les temps présents appellent tout particulièrement la réflexion.
Nous vivons en effet un moment de crise, un moment critique du monde/mondialisé ; plus précisément une crise des structures économiques qui sous-tendent celui-ci. J’ai tenu à ajouter cette précision visant à pointer davantage l’aspect économique de la crise pour pouvoir, avant tout, la contredire. Car il n’existe pas en réalité de séparation entre activité économique et vie politique.
C’est dans le cadre d’une analyse intellectuelle visant à maîtriser une problématique définie, qu’il est possible, voire inévitable, d’opérer des distinctions entre des mécanismes sociétaux de plus en plus complexes. Telle étude en science politique portera sur les principes régissant les institutions démocratiques, tandis que telle autre, dans le domaine économique, évaluera les cycles de prix selon Kondratieff. Ce sont des travaux indispensables dont les résultats influeront peut-être sur l’évolution des choses. Mais pour qu’il en soit ainsi, un pas doit être franchi : celui précisément de reprendre pied dans le réel. Un réel dans lequel tous les aspects de la vie sont mêlés et où l’on ne peut s’en tenir à des séparations abstraites ; notamment entre politique et économie. La crise économique est aussi une crise sociétale, est aussi une crise politique. Inversement la crise des valeurs au sein de la société contemporaine et du monde/mondialisé revêt l’allure d’une crise économique.
Cela étant, une période critique ne doit pas être entendue ni abordée en un seul sens négatif. Même si elle présente des aspects nuisibles –loin de moi l’idée de nier le caractère dramatique des pertes d’emplois, des fermetures d’entreprises, du chômage technique, des faillites bancaires, de l’appauvrissement personnel…-, la conclusion d’une crise dépendra toujours de la capacité des personnes au sein d’un système, c’est-à-dire d’un ensemble d’institutions, d’organismes privés et publics, de niveaux de pouvoir décisionnels, d’instances internationales…, d’affronter le choc et d’élaborer les bonnes réponses. Il est même permis d’affirmer que c’est à sa capacité de traverser une période critique que l’on peut apprécier les qualités d’un système. Ainsi, lorsque la société communiste des Républiques Socialistes d’Union Soviétique a été confrontée à la crise qui allait aboutir à la chute du Mur de Berlin (plusieurs décennies ont été nécessaires, compte tenu de la répression à caractère totalitaire exercée sur les populations), c’est la totalité du système qui s’est effondrée d’un coup, complètement, politiquement et économiquement.
Il est probable que les différentes qualités qui sont celles de l’économie de marché contribuent toutes à cette capacité de dépassement des crises successives qui l’ont affectée au fil du temps. Comme si, confrontées à une situation critique, la vigueur, l’inventivité, la rationalité nécessaires à une économie de marché fondée sur la libre concurrence, convergeaient pour répondre à un choc et le surmonter. Il faut espérer qu’il en ira de même avec l’éclatement de ce que l’on appelle désormais une bulle financière, éclatement dont les premiers signes ont pris naissance aux Etats-Unis. Sur la formation de cette « bulle » et ce qui a provoqué son éclatement, sur la question de savoir si les causes sont exclusivement le fait du secteur privé ou si elles sont dues à l’intervention d’organismes d’Etat, nombre d’experts se sont exprimé et le feront encore. Cet aspect n’étant pas le thème direct de la présente conférence, je m’en réfère, au sein du Mouvement Réformateur, aux analyses de M. Bernard Beugnies.
Par contre, la faculté de résilience, c’est-à-dire la capacité de dépasser une période critique, retiendra à présent notre attention. C’est en ce point précis en effet, que l’on peut le mieux saisir l’impact du libéralisme sur le capitalisme. Mon but n’est pas de prétendre que le libéralisme ne serait que la face politique du capitalisme et que celui-ci ne serait un « bon » capitalisme, ou qu’il n’y aurait quelque chose de positif dans le capitalisme, qu’à la seule et unique condition qu’il respecte les règles politiques du libéralisme. Cela est en partie vrai, mais est insuffisant : les rapports entre les deux sont infiniment plus complexes. En effet, s’il est vrai qu’il est de nature politique, le libéralisme n’est pas « que » politique : il est aussi, par essence, lié à une dimension économique. Pourquoi ? Parce que si la liberté est le bien le plus précieux de l’humanité, cela doit aussi s’entendre en un sens très concret ; à savoir, que si le « bien le plus précieux » n’a pas de prix, il a néanmoins un coût.
Pour être réelle la liberté à un coût non seulement en termes d’énergie, de travail, de courage, d’intelligence (toutes formes d’investissements, puisque j’ai le plaisir de m’adresser à des étudiants, accomplis par des jeunes gens qui paient un minerval, assistent à des cours, étudient parfois jour et nuit durant plusieurs années), mais aussi en biens matériels. Affirmer à quelqu’un « Vous êtes libre ! Libre d’inscrire vos enfants dans une école, libre de les pousser à entamer des études supérieures », n’a aucune portée si cette personne n’a pas les moyens de financer ces études. Remarquons toutefois que ceci ne signifie pas que la liberté consisterait à pouvoir tout acquérir (ce qui reviendrait à assimiler le libéralisme à un consumérisme), mais que l’accessibilité à des biens et services fondamentaux est une condition sine qua non d’une vie libre. Pourquoi ? Parce que la vie de tout individu est entravée par deux contraintes fondamentales qui certes peuvent être repoussées, mais dont le risque demeure inexorablement présent.
Première contrainte, la rareté des biens : aucun Jardin d’Eden, aucun Paradis, n’a existé ni n’existera. Ce dont l’être humain dispose résulte de son travail : produits alimentaires, matériaux de construction, moyens de locomotion, éléments de connaissance, institutions légales… Rien n’est donné, tout est à créer. Plus exactement, tout est toujours à créer, car si au fil de l’Histoire, des sociétés se sont fortement développées et ont pu opposer à la rareté des biens les fruits de leur travail, de leur intelligence, de leur esprit d’entreprise…, aucune société n’est à l’abri d’un retour en force de la pénurie, de la pauvreté, de la famine ou de la guerre. En outre, au sein de n’importe quelle société humaine, c’est comme si chaque individu devait par et pour lui-même réassumer l’apprentissage des connaissances, l’expérience du travail, la conscience de la rareté des biens. Une société peut être développée, riche en ressources et en perspectives d’avenir, si l’un de ses membres ne travaille pas (les privilèges dus à la naissance sont à priori inacceptables), il sera confronté pour lui-même et pour ses proches à la rareté des biens. J’ouvre une brève parenthèse pour souligner que cette problématique permet de comprendre de façon plus originelle et plus concrète la réalité décrite par Adam Smith évoquant la « main invisible ».
Si la rareté des biens, en tant que première contrainte pesant sur notre vie, caractérise la réalité objective, il est d’autres obstacles qui, eux, émanent des rapports sociaux entre les personnes, c’est-à-dire entre des êtres vivants dotés de liberté. Force est de constater que la liberté humaine ne se manifeste pas à tout coup par un acte positif : la liberté, comme l’a écrit Schelling, est un pouvoir pour le bien et pour le mal. Si l’exercice de la liberté était partout et à tout moment bénéfique, il n’y aurait nul besoin de redouter l’activité des hommes, nul besoin de normes et de règles, et, paradoxalement, nul besoin de libéralisme : les choses, d’elles-mêmes, iraient bien. Or, il n’en va pas ainsi : rien, à priori, n’oblige quelqu’un à faire bon usage de sa liberté… La possibilité du mal est donc le défi auquel toute société est confrontée. Y compris la société organisée selon les principes de la démocratie libérale. Sauf que celle-ci présente une différence essentielle : alors que d’autres modèles sociétaux tentent d’entraver les risques inhérents à la liberté en restreignant celle-ci par la coercition, la censure, l’endoctrinement, la répression…, le libéralisme a opté pour un type de société radicalement différent. La société libérale, elle, est fondée à la fois sur la puissance créatrice de la liberté –laquelle ne peut donc être ni bridée, ni combattue, ni censurée…-, et en même temps sur le caractère raisonnable et perfectible de chacune et de chacun.
Toute vie étant confrontée à la rareté des biens et à la possibilité du mal, il ne peut y avoir de démocratie libérale que si les gens sont prémunis contre celles-ci : on ne peut donc séparer politique et économie. Ainsi, lorsque les « démocraties » populaires de tendance socialiste, se sont coupées de la libre concurrence et de l’économie de marché, ce fut une tragédie pour les populations et, en bout de course, la banqueroute du système entier. De même, lorsque l’économie capitaliste se prend pour seule finalité et oublie que la production de biens doit servir prioritairement au développement et au mieux-être des citoyens, elle met en danger l’ensemble de la société. Le libéralisme allie donc, par essence, fonctionnement démocratique et production de biens ; et ce, en prenant constamment comme moteur de la démocratie et de la production de biens, la liberté.
L’instrument du libéralisme est la loi. Sa méthode, la réforme. Celle-ci ne consiste pas à vouloir changer les règles pour le plaisir de les changer, mais à analyser, débattre, évaluer et ensuite à proposer les améliorations nécessaires.
A l’appui de ce que je viens d’avancer, et en référence à la situation de crise que nous connaissons, je reprendrai quelques extraits empruntés au plus grand penseur libéral du 20ème siècle, Friedrich Hayek : « Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable ; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes (…) Rien n’a tant nui à la cause libérale que l’insistance butée de certains libéraux sur certains principes massifs, comme avant tout la règle du laissez-faire (…) D’innombrables intérêts pouvaient montrer que certaines mesures particulières procureraient des bénéfices immédiats et évidents à certains, cependant que le mal qu’elles causeraient restait plus indirect et moins perceptible. Là contre, seule une règle rigide et prompte pouvait être efficace » . Ce texte, publié dès 1944, montre bien que l’état d’une société évoluant, il est nécessaire que les réponses évoluent et que nul dogme, moins encore pour le libéralisme que pour tout autre courant de pensée, ne vienne entraver les réformes nécessaires.
Ainsi, dans une démocratie libérale, l’Etat doit pouvoir intervenir au moment où il le faut et de façon efficace, lorsque son intervention est requise. Par exemple, le problème de la pollution de l’environnement ne se posait pas à l’époque où la révolution industrielle s’est opérée au 19ème siècle ; aujourd’hui elle représente un risque majeur pour la planète. Il serait totalement irresponsable de s’opposer au nom de dogmes à l’intervention d’un Etat démocratique imposant des règles en la matière. La même attitude doit être adoptée aujourd’hui pour résoudre la crise d’origine financière qui risque de s’étendre à l’ensemble de l’activité économique et, partant, comme j’ai essayé de l’expliquer, à l’ensemble de notre modèle de société. Le libéralisme ne consiste donc pas, comme ses adversaires sociaux-démocrates le prétendent, à laisser faire n’importe quoi, ni à nier tout pouvoir étatique : le libéralisme veut un Etat dont l’action est efficace, strictement nécessaire et rigoureusement définie par la loi. Ce que confirme cette autre citation d’Hayek : « Le libéralisme est basé sur la conviction que la concurrence est le meilleur moyen de guider les efforts individuels. Il ne nie pas, mais souligne au contraire que pour que la concurrence puisse jouer un rôle bienfaisant, une armature juridique soigneusement conçue est nécessaire » . Et puisque je viens d’évoquer les mesures de régulation nécessaires en faveur de développement durable de la planète, je retiens cet autre extrait de l’ouvrage écrit et publié en 1944 par Hayek, qui s’il ne traite pas encore de pollution, et pour cause, aborde néanmoins une problématique proche permettant de conclure quelle serait l’attitude qu’il défendrait à l’heure actuelle : « Interdire l’usage de substances toxiques, ou exiger des précautions spéciales pour leur utilisation (…) voilà qui est pleinement compatible avec la préservation de la concurrence » .
Ce n’est pas s’avancer inconsidérément que d’interpréter en ce sens la pensée d’Hayek ni d’essayer d’en tirer des enseignements face aux temps critiques et incertains que nous connaissons. En 1960, dans un article intitulé L’entreprise dans une société démocratique : dans l’intérêt de qui devrait-elle être et sera-t-elle dirigée ?, il écrit : «…lorsque j’affirme que le seul but spécifique que les entreprises devraient poursuivre est d’offrir le retour sur le capital le plus important à long terme, cela ne signifie pas que dans la poursuite de ce but elles ne devraient pas être restreintes à la fois par des règles juridiques générales et morales (…) considérées comme non moins contraignantes pour les entreprises que les règles strictes du droit » . Les entreprises visées ici par Hayek, sont à finalité économique et sont conformes au modèle entrepreneurial du libéralisme. Par ailleurs le retour sur capital est précisé comme devant être « à long terme » et devant répondre à « l’utilisation profitable du capital qui a été confié à la direction par les actionnaires ». Sortir de cela, revient « à leur conférer des pouvoirs indésirables et socialement dangereux » .
Je tiens cependant à insister sur ceci : la solidité du projet et du modèle libéral est liée au fait que ces « règles strictes du droit », cette « armature juridique soigneusement conçue », sont définies, débattues, votées, et si besoin réformées, dans le cadre d’Institutions démocratiques qui en garantissent à la fois l’équité, l’efficacité et la stricte nécessité.
Seule, cette assise légale ne suffit pas à assurer la capacité de résilience de l’économie de marché face aux crises qui l’affectent ; d’autres facteurs ou qualités interagissent également. Mais elle en est une condition sine qua non.
Richard Miller
Le Cercle des Étudiants Libéraux (CEL) de l’ULB a le plaisir de vous convier à sa prochaine conférence débat intitulée ” Conservatisme, Néo-Capitalisme, synonymes de libéralisme ? ” avec pour invité Richard Miller, philosophe et député w
allon MR qui se tiendra le 9 décembre dès 12h15 au Foyer Culturel du Campus du Solbosh de l’ULB, avenue Héger, Bâtiment F.
La ” crise économique ” que traverse actuellement la Belgique se retrouve chaque jour en bonne place dans la presse écrite, radiotélévisée et ” Internet ” : pouvoir d’achat, chômage , délocalisation, plan(s) de relance, recapitalisation boursière sont passés du vocabulaire de l’économistes à celui de l’homme de la rue. Ceci ne se fait pas sans amalgames et autres rapprochements délicats : capitalisme, libéralisme, ultra ou néo-capitalisme,… sont-ils des termes à mettre dans le même panier ?
Richard Miller, philosophe et député wallon MR, se fera un plaisir de participer à ce midi de réflexion avec les participants. Il en profitera également pour aborder avec ceux qui le souhaitent les questions politiques d’actualité qui lui seront posées.
Ce 1er décembre, sous le thème « C’est l’exclusion qu’il faut exclure. Pas les séropositifs. », est la Journée Mondiale de Lutte contre le SIDA. Un jour où fleurissent des rubans rouges, un jour de prise de conscience.
Chaque jour en Belgique, trois personnes contractent le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). A l’échelle mondiale, cela représente 7500 nouveaux cas, quotidiennement. Dans notre pays,

on estime entre 100 et 150 par an le nombre de cas de SIDA (syndrome de l’immunodéficience acquise). On constate également une recrudescence d’autres infections ou maladies sexuellement transmissibles.
Alors que diverses actions sont menées à travers le monde aujourd’hui, le Cercle des Etudiants Libéraux de l’ULB considère extrêmement important de rappeler également à toutes les personnes qu’autour d’elles, quelqu’un peut être séropositif ; qu’il le révèle ou non. Le CEL ULB invite chacun à s’interroger : « Si moi-même, j’étais séropositif ? ».
Le CEL-ULB tient à féliciter les acteurs de la lutte, qu’ils soient dans l’ombre ou la lumière et invite les pouvoirs publics à soutenir davantage encore ces secteurs de prévention et de soin. Il est, par ailleurs, nécessaire de poursuivre la recherche vu l’absence de vaccin, de remède contre le VIH. Nous réitérons la demande relative à une plus grande disponibilité de préservatifs gratuits (écoles et autres lieux publics), seuls moyens efficaces de lutte contre la maladie.
Par solidarité avec les plus de 9000 porteurs belges du VIH et les 33 millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans le monde touchés, eux aussi, par ce virus, nous vous invitons à arborer tout au long de la journée le ruban rouge (une fois n’est pas coutume).
Que vous soyez homo, bi ou hétéro, la seule manière de ne pas en être affecté est de se protéger. SORTEZ COUVERTS.